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jeudi 6 février 2014

La BD appliquée

Dans le blog précédent, je vous ai fait part de l'origine de mes influences artistiques en graphisme et en réalisation.

Les images qui figurent dans cet article vous ont permis de constater à quel point Adrénaline et Testosteronemon dernier court-métrage, possède un traitement bédéesque. Toutefois, une question revient toujours: «Qu'as-tu fait à tes images pour que ton film ait ce look?»


Dans les prochaines lignes, je vous dévoilerai comment je suis parvenu à un tel traitement tout en vous résumant ma démarche artistique et en vous dévoilant la technique qui se trouve derrière l'apparence de ces images.


L'approche fantaisiste appliquée à Adrénaline et Testosterone résulte principalement de l'influence de deux œuvres: celle de Roméo et Juliette de Baz Luhrman et 
de La tétralogie du monstre de Enki Bilal.


Roméo et Juliette m'a inspirée au niveau du contenu des images, de l'apparence kitch des décors, des accessoires et des costumes. Je ne m'y attarderai pas dans cet article. 




Ce sont principalement les bandes dessinées de Enki Bilal qui ont été l'élément déclencheur du processus créatif du traitement de mes images. Ce qui m'a frappé dans ses dessins, c'est le côté sale, glauque, terne et presque brouillon de leurs traits, qui exprime à merveille la lourdeur du propos de l'auteur. 


Exactement le genre de démarche créatrice dans laquelle j'étais plongé. Je tenais à ce que le traitement des images de mon film contribue au climat sombre que je souhaitais transmettre. Curieusement, l'aspect kitch et coloré de leur contenu devait par le fait même être terni par un quelconque procédé. C'est alors que je devais résoudre le problème suivant: comment attribuer à des images film un traitement qui s'applique à du dessin ?


Bien entendu, il était hors de question que j'applique un traitement qui s'apparente à du dessin animé. Je cherchais quelque chose de beaucoup plus subtile. La révélation surgit lorsque que je suis tombé par hasard sur Ragging Bull de Martin Scorsese.


En regardant attentivement le contenu de ces images tournées en noir et blanc, je me suis aperçu que le noir «bavait» légèrement à certains endroits. Un peu comme si on avait frotté la pellicule pour que le noir s'y étende afin de ternir celle-ci. Là où Martin Scorsese avait peut-être voulu donner une allure de film d'archives à son oeuvre, moi je percevais un traitement qui s'apparente à des traits de fusain. Exactement l'approche que je cherchais. 


Je me suis donc mis à traiter des images dans Photoshop afin d'obtenir la «recette» que je pourrais appliquer à mon film. Il s'est avéré que ce que j'avais trouvé comme solution, était nul autre que l'application d'un ombrage (communément appelé «edge») à la couleur noire contenue dans les images. Après avoir trouvé le bon dosage que je devais appliquer, il a fallu adapter cette «recette» sur After Effect qui, contrairement à Photoshop, ne réagissait pas de manière régulière selon la densité de noir contenu dans les images.


Mon équipe de post-production et moi avons comparé trois images-type, choisies selon la densité de noir qu'elles possédaient. Nous leur avons appliqué le traitement avec trois niveaux de densité différents. Après avoir analysé les résultats, nous avons établi une densité moyenne de traitement à attribuer que nous estimions adéquate pour l'ensemble des images. Puis nous avons appliqué cette recette à tout le film et d'un seul coup, sans savoir avec précision ce qui nous attendait à l'autre bout.


Nous avons été tellement satisfaits du résultat final que nous n'avons pas retouché aux images. Il semble que nous ayons trouvé la recette idéale de traitement images pour mon film. Bien entendu, ce que vous voyez aujourd'hui à l'écran est ce que nous avons obtenu à ce moment-là. Encore aujourd'hui, j'en suis pleinement satisfait. Et c'est certain que dans un avenir prochain, je répéterai ce processus tout en le poussant un peu plus à fond. 


Vous avez des questions ou des commentaires, n'hésitez pas à vous manifester.

En espérant que cet article vous a plu.

vendredi 3 janvier 2014

Signé BD !

32 décembre
de
Enki Bilal
Bonne Année 2014 !

Qui dit «nouvelle année» dit «introspection», pour certains d'entre nous.

C'est pourquoi en guise de premier article, j'ai eu envi de partager l'origine de mes influences artistiques en matière de réalisation et de graphisme ainsi qu'un mini-mini résumé de mes réflexions à propos de ce que j'appelle le «Cinéma de Bandes Dessinées» (ou de «traitement BD») qui a été l'objet de la maîtrise que j'ai accomplie (jadis) à l'université Laval.

Voilà donc un premier texte rempli de suggestions et de belles images pour ce début d'année qui s'annonce mouvementée ! Bonne lecture !

Il y a longtemps que je cultive une grande admiration pour les dessinateurs et les illustrateurs de bandes dessinées. Qu'il s'agisse de Liberatore, Bangalen passant par Marini jusqu'à Bilal, pour ne nommer que ceux-là.

Dès l'adolescence, ces auteurs ont frappé mon imaginaire et m'ont grandement influencé dans le traitement graphique que j'applique aujourd'hui à certaines de mes oeuvres.

Adrénaline et Testosterone
de
Frédéric Gaudry
(photo Éric Côté)
Celui-ci constitue en quelque sorte une partie de ma signature, de mon «style».

Adrénaline et Testosterone
de
Frédéric Gaudry
(photo Éric Côté)
De manière simplifiée disons que celui-ci résulte d'un croisement entre la syntaxe et l'esthétique cinématographique combinées à celles des bandes dessinées. Bien entendu, je suis friand des bons films qui portent eux aussi cette signature. Il en existe plusieurs, mais certains d'entre eux en sont plus porteurs que d'autres.

Par exemple, Le Cinquième Élément de Luc Besson possède une forte facture bédéesque. En l'occurrence grâce au style extravagant de ses costumes et de la disproportion de ses décors. D'ailleurs, la majorité des films de Luc Besson arborent des univers bédéesques.

Le Cinquième Élément
de
Luc Besson
Quant à Nikita du même auteur, celui-ci possède également une facture bédéesque, mais plus discrète. Au niveau de son contenu, comme c'est souvent le cas dans les bandes dessinées, certains éléments réunis sont disproportionnés ou très contrastés l'un envers l'autre.

Nikita
de
Luc Besson
Je pense à la scène dans une chambre d'hôtel à Venise pendant laquelle Nikita monte un énorme fusil de tireur d'élite alors qu'elle est vêtue de petits sous-vêtements griffés. Il y a là une sorte de décalage qui crée un fort contraste entre la vulnérabilité suggérée du personnage et de son pouvoir d'action. 

La facture bédéesque du film Nikita se manifeste également au niveau de son esthétique.  Toutefois, ici, Luc Besson l'applique de manière plutôt subtile. Il utilise des «éléments naturels» d'une scène pour les amener à un niveau esthétique qui rejoint celui de la bande dessinée. Au lieu de les créer de toutes pièces grâce à des décors gigantesques, ou à du maquillage. 


Nikita
de
Luc Besson
Par exemple, peu après le générique du film, la bande de drogués que nous avons suivie s'arrête devant une pharmacie en vue de la dévaliser. Dès cet instant, les personnages sont baignés dans une franche lumière bleue émise par les néons environnants. La forte présence de cette couleur marque toute la séquence. En plus de lui apporter une grande présence esthétique, elle souligne son aspect dramatique.

*  *  *


The Hunger Games Catching Fire

Ce n'est qu'assez récemment que j'ai pris connaissance de l'univers de Hunger Games. Inutile de vous dire que j'ai adoré. Si j'en parle ici c'est bien entendu parce que les films de cette trilogie sont porteurs d'une esthétique bédéesque admirablement bien appliquée. 



Celle-ci se manifeste à travers un subtil dosage entre la «nature réelle» de l'univers suggéré et l'extravagance des costumes et maquillages des personnages. 



Le style bédéesque de cet environnement filmique se manifeste également grâce à une approche esthétique à la fois baroque et art déco. Ce qui contribue à livrer une touche de contraste nécessaire au genre. Chose intéressante, sur le site officiel du second film, il nous est possible de s'approprier d'illustrations des principaux personnages dont vous avez l'exemple entre ces lignes. 



Certaines d'entre elles les illustrent comme des portrait de tableaux anciens. Notez le décalage entre l'extravagance des tenues et l'aspect vieillot des images...


*  *  *

Voici d'autres films connus qui possèdent une facture à la fois «réaliste» et bédéesque: 


Mad Max
de
Georges Miller


Blade Runner
de
Ridley Scott


et
de
Paul Verhoeven, 


de
Andrew Niccol, 

de
Enki Bilal

de
James Cameron

de
Tom Tykwer

D'autres films du même «genre» - parmi lesquels certains sont mieux réussis que d'autres - sont en fait des adaptations de bandes dessinées. Comme vous le savez, nombre d'entre eux sont des films de super héros issus de bandes dessinées américaines commerciales. Il va de soi qu'un minimum de traitement BD leur soit appliqué. La liste est longue, mais en voici quelques exemples:


la trilogie de Batman
réalisée par Christopher Nolan,

de
Alex Proyas

de
Guillermo del Toro


Sin City
de 
Robert Rodriguez



de
Kurt Wimmer

de 
Bryan Singer,

pour ne nommer que ceux-là.  

Si vous croyez connaître d'autres films «signés BD», n'hésitez pas à me faire part de vos suggestions, j'en suis friand !